Le sel de la Grèce

Dernière mise à jour : 2 déc. 2020

En hommage à Françoise Héritier et son livre, savoureux et requinquant : « Sel de la vie », aux Ed. Odile Jacob, voici ma liste non exhaustive de moments grecs inaltérables qui font pour moi le sel de ce pays.

À lire par petites gorgées ou goulûment !

On peut aussi secouer le texte et le mettre dans un ordre différent.




« Découvrir le bleu de la mer entre les îles, commander un café frappé « glyko xoris gala » (sucré sans lait), voir passer une grand-mère, sa petite fille à la main et le cartable de l’autre, débarquer du bateau en poussant sa valise au milieu de centaines d’autres passagers, essayer de dire deux mots de grec même si on vous répond en anglais, écouter l’appel nasillard des ferrailleurs dans les rues, mettre le pied dans l’eau turquoise et cristalline de la plage, s’allonger sur les canapés de velours des ferries, entendre pour la première fois l’annonce de bienvenue en grec à l’aéroport, déchiffrer l’alphabet grec (fierté !), être éblouie par la lumière, par un bougainvillier fuchsia, choisir du poisson frais à la taverne, écouter cette langue sans la comprendre, boire un ouzo au coucher du soleil, admirer une grosse femme qui danse si légèrement, se réveiller de la sieste en été, partager le repas de Pâques en famille, s’asseoir sur le pont vert suintant de sel pour une longue traversée, écouter les cigales, découvrir que le dessert est offert à la taverne, regarder un vieux film grec en noir et blanc le dimanche après-midi, respirer l’odeur de la sauce (tomate, huile d’olive, cannelle et genièvre) pour les spaghettis dans l’escalier de l’immeuble, se dire « et si je restais », regarder l’écume blanche du bateau qui s’éloigne, marcher pied nu sur la mosaïque noire des appartements athéniens des années 70, croiser les équipages qui vont embarquer, écouter une amie dire qu’elle a rangé et lavé tous les tapis pour l’été (Oups !), apprendre à souhaiter Chronia polla (de nombreuses années), jouer au backgammon dans un café, essayer de jouer du komboloï, découvrir une vieille taverne dans un village perdu, apprendre que le tarama n’est pas rose et ne se mange qu’une fois par an, se perdre dans les montages du Pinde, découvrir le site antique de Trézène au milieu des herbes folles, faire des "koulourakia" de Pâques dans la boulangerie d’un ami, embarquer dans un avion à hélice pour une île perdue, lire le « Colosse de Maroussi » d'Henri Miller sur un ferry, attendre en baillant la messe de minuit de Pâques, partager un méchoui à la frontière de l’Albanie, choquer des œufs rouges et gagner plusieurs fois avec son œuf, regarder passer les processions de tombeaux décorés du vendredi saint, se laver les doigts avec un demi-citron après avoir mangé du poisson, découvrir le lac de Ioannina dans la brume et s’étonner des deux mosquées, participer à la Panighiri (fête votive) de Lagada qui réunit 3 000 personnes à Ikaria le 15 août, se dire « je ne devrais pas repartir », manger des herbes cuites amères avec un peu de citron, se baigner dans les rivières glacées à Papigo, boire le jus des herbes cuites, commander des sardines au kilo, manger avec les mains les côtelettes d’agneau, filmer un joueur de clarino dans les montagnes, commander non pas un litre de vin au pichet mais un kilo, marcher dans les ruelles de la Citadelle de Ioannina la nuit quand il pleut, mettre tous les plats au milieu de la table et picorer de l’un à l’autre, se dire on a trop commandé et tout manger, enregistrer des polyphonies de femmes dans un village, découvrir sur les murs de Tinos d’où viennent les câpres, entrer dans la ronde enivrante de l'hymne d’Ikaria en s’emmêlant les pieds, tourner inlassablement et très lentement au son du clarino d’Épire, découvrir cinq chats autour de sa chaise à la taverne et leur donner les restes, admirer les champs de coquelicots, de fleurs jaunes, mauves au printemps en Épire, essayer d’ouvrir les feuilles pour une pita (feuilleté), se dire « je ne vais pas pouvoir repartir », se baigner dans le tout petit port de Karkinagri à Ikaria et s’imaginer dans les années 60, s’enliser dans la neige avec sa voiture sur la route de Kosmira en Épire, faire son tsipouro avec le raisin de la treille, tenir sa bougie décorée à la main devant l’église à Pâques, embarquer sur un cargo pour livrer de l’eau potable dans les îles, regarder une vieille femme se laver les cheveux dans une bassine émaillée, laisser le voisin réparer sa botte avec un clou, entendre son beau-père dire « viens voir ton village » en parlant de TV5, enseigner dans un frontistirio (école de langue) le français à des enfants d’un village, leur expliquer Voltaire et la Révolution française, sentir de loin l’odeur du poulpe grillé, entendre le laitier crier « « Gala » (lait) dans les rues de Korydallos, regarder ma belle-mère trier le riz, les lentilles à 1h du matin, remonter dans l’avion pour Paris avec les larmes aux yeux.


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