L'Automobile

Mis à jour : 31 août 2020

En Grèce, les personnes âgées disent prendre « l’Automobile », "Το Αυτοκινητο" pour prendre le bus.

Elles l’attendent longtemps dans la circulation, le bruit, les klaxons.

Veuves habillées de noir sous un soleil de plomb, elles

ne quitteront leurs habits de deuil que dans un an à condition que d’autres disparitions ne viennent attrister leur cœur et leur garde robe. Ensuite, elles passeront au gris, peut-être au mauve pour un temps. Puis le noir reviendra.

L’une d’elles, toute de noir vêtue, porte un fichu noir sur ses cheveux d’un gris argenté qu’elle doit trouver trop lumineux.

J’imagine qu’elle vit à Athènes avec son fils, sa bru et leurs enfants depuis la mort de son mari.

Elle n’ira plus au village que l’été. Elle touche la moitié de la retraite de son mari soit 350 euros par mois. Qu’elle offre à ses enfants. Elle n’a besoin de rien.

Elle tient à la main une radiographie. Elle a payé une consultation privée pour obtenir un rendez-vous plus vite. Elle ira voir ensuite le médecin de la caisse des agriculteurs à laquelle elle est affiliée pour qu’il lui fasse l’ordonnance mensuelle des médicaments, elle attendra longtemps, patiemment, il expédiera la tâche sans lever le nez ou à peine.

Elle se rendra à la pharmacie et demandera qu’on lui prenne la tension.

La grande majorité de la clientèle des médecins et pharmaciens d’Athènes est constituée de personnes âgées qui ne repartent plus au village de peur d’être loin d’un hôpital. Les pharmaciens et médecins les encouragent fortement dans ce sens.

J’imagine que l’homme assis dans l’abribus, un sac en plastique à la main, rapporte de la viande pour sa famille.

Par famille, il faut entendre deux ou trois générations sous un même toit.

Il a réussi à faire construire un petit immeuble de deux étages avec son salaire de fonctionnaire, il y a 20 ans.

Dans ce quartier populaire au dessus du Pirée, sa fille habite au premier avec ses deux enfants et son mari, son fils à l’étage supérieur avec sa femme et lui et son épouse sont à l’entresol.

Le matin, il sort. C’est lui qui achète la viande et le poisson au marché central bouillonnant de l’avenue Athinas. Il y va en bus, un long trajet. Il rentre pour le déjeuner, puis il fera une petite sieste, regardera la télévision et ira dans la soirée retrouver ses amis au Kafeneion.

C’est ainsi depuis qu’il est à la retraite.

Sa femme s’est levée tôt ce matin. Elle garde sa petite fille tous les jours pendant que sa fille travaille, récupère le plus grand à la sortie de l’école, fait la cuisine pour tous, préparera le café de son mari quand il se lèvera de sa sieste, jouera avec la petite, attendra que sa fille rentre et dira à son gendre de venir prendre le repas qu’elle a préparé pour qu’il ne se fatigue pas après une journée de travail.

Elle va au marché tous les jeudis et samedis. Elle traîne de gros caddies débordant de fruits et légumes, sous le soleil ou la pluie. Pour aller à la messe le dimanche, elle veille le samedi soir pour préparer le repas dominical. Si les « enfants » veulent descendre déjeuner avec eux, elle sera ravie, mais peut-être iront-ils à la plage, cela ne fait rien, ils trouveront de quoi manger en rentrant.

Il est treize heures et le bus arrive enfin, bondé. Elle s’est trop attardée à la messe anniversaire d’une personne du village, décédée il y a peu.

Elle doit rentrer, elle a anglais puis allemand, comme elle dit en plaisantant, et son petit fils l’attend pour l’aider à porter son cartable. C’est elle qui le conduit aux cours de langue, rentre à la maison, lui prépare son goûter, repart le chercher. Ce soir il dormira chez elle, ses parents sortent.

Ah ! Il ne faudra pas oublier de faire le sac de sport, demain elle a judo.

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