Athènes, éternelle

L’ULTIME HUMILIATION de Rhéa Galanaki,

Roman, traduit du grec par Loïc Marcou

Ed. Cambourakis, 2017.

Photo Jean-François FOURMOND


Athènes règne, antique et moderne sous la plume de Rhéa Galanaki, en ces temps troublés de crise économique.

Dans la capitale grecque, personnage central de son roman, des figures universelles confondent leurs mémoires avec celle de la ville.

Deux vieilles femmes, professeures de lettres et d’art plastique, mais avant tout archétypes de toutes les héroïnes de la tragédie grecque, promènent leurs existences au bord du gouffre dans une Athènes à feu et à sang.

Sur la Place de la Constitution, devant le Parlement, conçue comme un théâtre antique avec son plan supérieur, la scène, et inférieur son orchestre, se joue le destin du pays.

Retenues dans un centre pour personnes âgées, les deux femmes, Nymphe et Tirésia, projettent sur le monde leurs douces folies, rêvent de s’échapper et mettent à exécution un plan d’évasion au moment de ce qu’elles appellent la Grande Parade, le 12 février 2012. Elles vont s’évaporer dans une marée humaine qui arpente armée de colère et de slogans une Athènes révoltée, où s’affrontent l’Aube dorée, parti nazi, anarchistes et forces de l’ordre.

Se faufilant dans les rangs de la grande manifestation anti austérité, marionnettes grimées comme au carnaval, dansant au milieu des jets de blocs de marbre arrachés aux escaliers de la place, elles seront sauvées in extremis dans le brouillard des gaz lacrymogènes.

S’en suivra une errance dans la ville marginale et multiethnique parmi les laissés pour compte de la société consumériste qui s’écroule. La culture, dernier rempart bourgeois, s’effondre sous leurs yeux sous les traits d’une salle de cinéma mythique en proie aux flammes où les films de Théo Aggelopoulos, le réalisateur mélancolique et désabusé, fondent.

Les lignes bougent à Athènes, grandiose, hurlante de sirènes et vibrante du choc des blocs qui se heurtent.

Tous les courants qui ont agité cette période de la commune grecque sont là. On y comprend tout, chacun prend sa place au nom de la liberté qui ne revêt pas le même sens dans chaque camp. Pour redessiner un énième paysage sur la ville éternelle.


Rhéa Galanaki est née en Crète en 1947. Auteure de 8 romans, elle est l'un des écrivains grecs majeurs contemporains. Ces livres sont traduits en français aux Éditions Cambourakis.

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